LE RÊVE D’UN HOMME RIDICULE

Un soliloque polyphonique pour débusquer la vérité humaine

La conscience de la vie est supérieure à la vie, la connaissance des lois du bonheur – supérieure au bonheur. 

D’après une adaptation du texte de Fédor Dostoïevski
Adaptation, mise en scène et scénographie : Simon Pitaqaj
Avec : Denis Lavant, Arben Bajraktaraj, Santana Susnja, Valéria Dafarra, Jeanne Guillon Verne, Gaëtan Poubangui, Séraphin Rousseau
Collaboration à la dramaturgie : Jean-Baptiste Evette
Chorégraphie et travail corporel : Cinzia Menga
Lumières : Flore Marvaud
Création sonore : Liburn Jupolli
Costumes : Vjollca Bega
Décors : Julie Bossard, Franck Oettegen
Stagiaire à  la mise en scène : Paul Dussauze

Première représentation : 2020


Résumé de la pièce

Nouvelle extraite du Journal d’un écrivain paru en 1877, Le rêve d’un homme ridicule semble être un double onirique de L’Homme du Sous-sol par la plongée dans les méandres spirituels d’un personnage isolé. Un homme désabusé et lassé de tout est détourné de son projet de mettre fin à ses jours par la rencontre fortuite avec une petite fille. Pris dans ses états d’âme, il s’endort profondément et rencontre dans son rêve un homme noir. Après un voyage dans l’espace, celui-ci le conduit dans un Eden où les hommes vivent heureux, libres et en harmonie. À leur contact, l’homme ridicule va corrompre cet équilibre en introduisant le chaos et en devenant alors le poison de cette nouvelle terre. Il ressort de son rêve néanmoins convaincu de sa capacité à changer les choses dans le monde réel…


La mise en scène

Prenant le contrepied de la majorité des adaptations des œuvres de Dostoïevski, Simon Pitaqaj a souhaité uPrenant le contrepied de la majorité des adaptations des œuvres de Dostoïevski, Simon Pitaqaj a souhaité une mise en scène où les réflexions et émotions du personnage sont à l’air libre, à l’opposé d’un traitement sombre, tragique ou psychologique. La scénographie est pensée comme le laboratoire d’un chercheur où ses réflexions, dessins, sont inscrits, partout sur les murs.
Dans Le rêve d’un homme ridicule l’espace sera composé en deux parties : Le sous-sol, son espace de vie (le même que celui de L’homme du sous-sol). L’écriture sur les murs, sol, plafond, cartons, dessins, toiles, photos, installations, objets, mur cassé, chaises, décombres. Le public est en bifrontal et assiste aux déambulations physiques et spirituelles de l’homme ridicule rageant sur lui et le monde qui l’entoure, son dégoût pour la vie, sa culpabilité d’agir ou de ne pas agir face à une société qui lui apparaît comme dépressive et malade.
Dans la deuxième partie, le paradis, les portes s’ouvrent en accordéon, dévoilant un espace lumineux. Au sol : la terre, un arbre (qui se décompose), des panneaux blancs mobiles, des fleurs, et une pléthore de personnages, seulement évoqués dans la nouvelle, mais développés dans la mise en scène. Nous le rejoignons dans son rêve. De l’homme nihiliste nous passons à l’homme de l’utopie, de l’humanité retrouvée. Pourtant, de cette rencontre naîtront le conflit, le chaos volontairement orchestré et la chute du « Paradis Perdu ». L’homme ridicule se réveille alors, convaincu de pouvoir changer le monde après avoir vu la vérité et d’avoir eu la révélation que « la conscience de la vie est supérieure à la vie, la connaissance des lois du bonheur – supérieure au bonheur. » Ce qu’il lui reste à faire sera d’aller chercher la petite fille et la sauver. Seulement, de retour dans son sous-sol, conservera-t-il la force de ses certitudes ?
« Alors que le récit de rêve semblerait imposer le monologue, le parti pris de ce projet est de faire vivre (et mourir) ce songe ou cette vision, à plusieurs voix, c’est-à-dire dans une configuration théâtrale polyphonique, qui n’enferme pas le spectateur dans une vision unique communiquée par un soliloque, mais lui laisse la liberté de confronter les différentes paroles. »
Si le geste final, en un mot la volonté de transmettre cette vision, de la communiquer, reste porteur d’espoir, il se développe dans une ambiguïté qui laisse rêver à la question de savoir si l’humanité peut réellement choisir son propre bien, ou si elle est vouée à se déchirer. » Jean-Baptiste Evette